A rebrousse-temps

au-delà du temps et de l’espace

Elle était dans une ruelle qu’elle connaissait comme sa poche, mais qui ne ressemblait plus à celle qu’elle venait de quitter en passant cette porte vers le passé. Tout l’environnement était différent, bien sûr. Les habitants du quartier étaient vêtus différemment, les jeunes qui passaient devant elle en la dévisageant un peu, avaient ce qu’on appelait à l’époque des piercings un peu partout sur le visage. Ils portaient des vêtements larges alors qu’elle portait une combinaison moulante qui laissait deviner ses formes.

Elle se souvenait des photos de son grand-père qu’elle avait trouvées dans l’album familial. Il y était habillé de la même façon. Elle ferma les yeux et se concentra. C’était le 31 octobre 2004 , si elle ne réussissait pas sa mission avant minuit, elle ne pourrait plus changer le futur. Elle sentit, comme à chaque fois qu’elle utilisait son pouvoir, comme une légère désintégration de tout son corps, le temps de se téléporter vers l’endroit convoité. Lorsqu’elle se rematérialisa, elle était dans une chambre d’adolescent, semblable à celle de son frère : jonchée de vêtements éparpillés ça et là, de disques laser hors de leurs boitiers, de sandwichs à moitié terminés, de boites de coca vides et écrasées.

Elle eut vraiment la sensation d’être chez elle. En fait, elle y était mais soixante ans plus tôt. La musique à fond, le casque sur les oreilles, il ne remarqua pas tout de suite sa présence. Erwan venait de rentrer du lycée et avait autre chose en tête que de penser à lever les yeux pour voir cette fille qui venait d’apparaître dans sa chambre. S’il avait su qu’elle viendrait, il aurait rangé un peu mais là, il fut pris au dépourvu.

Lorsqu’il leva enfin les yeux de sa bande dessinée, le casque audio toujours sur les oreilles, il la vit enfin.

– Wow ! Qui es-tu ? On se connaît ?

Il semblait étonné de sa présence et ne pas comprendre ce qui se passait.

– Bonjour, je m’appelle Chloé, je suis venue te parler, c’est très important.

Elle ne savait pas trop comment aborder le sujet, elle avait à peine le même âge que lui et imaginait sans peine sa réaction, lorsqu’elle lui annoncerait qu’elle était sa petite-fille.

– Ah bon ? C’est Danny qui t’envoie ? C’est pour mon anniversaire ?

– Oui, en quelque sorte. Mais je ne connais pas ce Danny. Ecoute Erwan, assied-toi, je vais tout t’expliquer.

C’est cela, qu’il s’asseoie, ce serait plus facile. De toute façon, elle n’avait pas le choix. Apparemment, vu l’état de sa chambre, il ne devait pas savoir qu’il avait des pouvoirs, sinon il s’en serait servi. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et de se lancer.

Il la regardait intensément. Il était en train de penser qu’elle lui rappelait vaguement quelqu’un mais ne savait pas qui. Il avait l’étrange sensation de l’avoir déjà vue quelque part.

– Ecoute, voilà. Je sais que tu ne vas pas me croire, mais, je suis ta petite-fille, je suis née en 2047, je suis une sorcière et toi aussi, et si tu ne te sers pas de tes pouvoirs aujourd’hui, avant minuit, mon avenir sera à jamais compromis.

– Une sorcière ??? Ah elle est bien bonne, celle-là ! Et qui t’envoie ? La fée Carabosse ?

Hahahaha, allez sois sympa, dis-moi qui tu es réellement. Suis pas si bête tu sais, c’est Halloween aujourd’hui !

– Justement, si tu n’utilises pas tes pouvoirs, je suis fichue et toute ta descendance aussi.

– Alors, comme ça tu viens du futur ? Mais bien sûr !

– Regarde.

Elle se leva et se dématérialisa sous les yeux de l’adolescent.

– Wow, comment tu fais ça ?

– C’est génétique. Je te l’ai dit, je suis une sorcière. Je me dématérialise pour me téléporter d’un endroit à un autre, je tiens cela de mon père, qui tenait ses pouvoirs de toi et de tes ancêtres. Seulement, là où je vis, le monde est dirigé par les machines qui ont pris le pouvoir le jour d’Halloween en 2004. Depuis, les humains sont devenus leurs esclaves et notre communauté est condamnée à vivre sans pouvoirs, sous peine de bannissement ou d’emprisonnement à vie. Tiens.

Elle lui tendit une lettre qu’il prit et regarda intensément.

– Mais c’est mon écriture ! C’est quoi cette embrouille ?

– Je t’ai dit la vérité. C’est toi qui l’as écrite et m’as demandé de te la remettre aujourd’hui.

Erwan regarda Chloé puis la lettre, puis il respira un grand coup et déplia la lettre pour la lire.

« Je m’appelle Erwan Thomas, je suis né le 18 mars 1987 à Paris et je suis responsable de la domination des ordinateurs et machines sur la race humaine. Le 31 octobre 2004, j’ai jeté un sort à mon ordinateur pour lui donner la possibilité de penser par lui-même, entraînant ainsi la fin de la domination humaine et sa liberté de penser.

Aujourd’hui, 31 octobre 2064, j’ai décidé de mettre un terme à tout cela en envoyant Chloé, ma petit-fille, dans le passé.

Erwan, toi qui lis ces lignes ce soir, sache que tu as deux pouvoirs importants : la télékinésie et l’empathie. Utilise-les à bon escient ce soir, quand tu iras dans le bureau de papa pour surfer sur Internet, et tu changeras notre avenir commun ».

Erwan replia la lettre et la mit sous son oreiller. Il regarda Chloé d’un œil interrogateur et lui dit :

– Wow ! Pa s génial l’avenir. Mais dis-moi, tu es vraiment ma petite-fille ? Pourtant tu as le même âge que moi. Et ça marche comment ? Tu peux m’apprendre ?

– Oui, pas de problème. Mais utilise-les pour de bonnes raisons, toujours.

– D’accord.

– Ok, concentre-toi, ferme les yeux et pense très fort à un objet que tu voudrais déplacer.

Une boite se déplaça d’un mètre.

– Maintenant, dit Chloé, descend dans le bureau de ton père pour t’occuper de l’ordinateur. Dépêche-toi, nous n’avons pas beaucoup de temps.

Dès qu’il entra dans la pièce, des émotions le submergèrent. Il sentait la présence mentale de l’ordinateur. Celui-ci émettait des ondes négatives.

Erwan s’installa devant l’écran, il ouvrit le panneau de configuration et cliqua sur le dossier système pour déconnecter certaines fonctions.

Minuit sonnait à l’église du quartier, lorsqu’il remonta dans sa chambre en courant. Il poussa la porte, regarda à l’intérieur, Chloé n’était plus là.

Sur son bureau, trônait une citrouille, un chapeau de sorcière et une enveloppe.

Il l’ouvrit et y trouva un morceau de papier sur lequel était écrit :

« Merci ! Rendez-vous dans soixante ans ! »…

© Sylvie Valence, tous droits réservés.

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